Emotions et mémoires
S’intéresser au trauma implique de s’intéresser aux émotions ressenties lors des événements qui marquent notre vie de façon brutale. Dans le langage courant, on parle de « choc émotionnel », lorsque l’on évoque une situation vécue qui nous a dépassés. Il s’agit des situations où l’intensité émotionnelle ressentie dépasse ce que nous sommes normalement en capacité de conceptualiser. Le choc renvoie à l’inattendu, à l’inconcevable, à l’arrivée abrupte et brutale d’un événement. Nous ne parvenons pas à « gérer » l’émotion ressentie.
Les neurosciences apportent un éclairage intéressant à ce sujet. Aujourd’hui, nous savons que guérir du traumatisme, c’est guérir du passé. Nous savons que les mémoires traumatiques sont contrôlées par le système de défense du corps (qui est le système nerveux sympathique, un des deux composant du SNA). Par conséquent, lorsque nous venons toucher à ces mémoires traumatiques, le système de défense se réactive, puisque les messages physiologiques envoyés au corps sont ceux du danger. La difficulté réside en ceci que l’activation du système de sécurité fait partie intégrante de la mémoire traumatique. C’est la raison pour laquelle il est très inconfortable et douloureux de raviver ces mémoires traumatiques, car le corps (via le SNA) redéclenche involontairement les mécanismes physiologiques associés.
Lorsque la croissance post-traumatique (ou résilience) s’opère, c’est que l’individu parvient à déprogrammer la charge traumatique qui continuait à se manifester dans le temps malgré la fin du trauma. Ce mécanisme de réactivation du système d’alerte du corps (régit par le SNA) explique toute la difficulté et complexité des mécanismes de résilience, et les résistances inconscientes dans ce processus de « guérison ».
Si la résilience a effectivement lieu, dans ce processus de « reprogrammation », il peut arriver que des mémoires réelles ou fictives soient activées pendant le processus. C’est cette activation qui va permettre de digérer les événements passés, c’est-à-dire que la physiologie du corps va se réadapter, en même temps que les mémoires vont être à nouveau traitées. Ces manifestations, si elles surviennent, sont très perturbantes et bouleversantes : la personne revit littéralement des événements du passé, elle les ressent de façon intacte, dans le présent. Ces mécanismes peuvent être apparentés aux Etats de Stress Post-Traumatique (ESPT)*.
Nous savons que dans les cas où le déséquilibre des fonctions physiologiques du corps a une origine traumatique, les manifestations visibles se font sous le contrôle du SNA et du système moteur-émotionnel. C’est une dynamique de l’inconscient en lien avec les mémoires traumatiques. Comme expliqué ici, nous savons que le traumatisme est physiologique et inscrit dans le SNA. Dès lors que nous allons « guérir notre traumatisme », nous venons apporter une nouvelle adaptation du système nerveux autonome.
Conscient / Inconscient
La recherche en neurosciences nous permet de savoir aujourd’hui que l’origine des manifestations visibles (conscient) liées au stress traumatique est enfouie dans l’inconscient.
Ainsi, s’il y a une origine traumatique aux symptômes physiques et physiologiques visibles, nous savons que ces manifestations sont sous le contrôle du SNA et du système moteur-émotionnel, qui, tous les deux, échappent au contrôle conscient et volontaire.
*ESPT
L’Etat de Stress Post-Traumatique est susceptible de se développer lorsqu’une personne a été confrontée à un risque majeur pour sa sécurité, à l’imminence de sa mort ou témoin de celle d’un tiers. Il y a effondrement du fantasme d’immortalité, qui permet de mener sa vie sans la peur de mourir. Le principal symptôme est la reviviscence (dont flash-back, cauchemars, …).
Mémoire cellulaire
Lors des réactivations traumatiques, la mémoire du corps génère un réveil émotionnel et physiologique identique à celui éprouvé lors de l’événement. La personne revit la situation à l’origine de l’état de Stress Post-Traumatique.